« Ma route était tracée, ne me restait plus qu'à la suivre. Bref, au lieu de paniquer, je fermai les yeux et passai les vingt minutes que dura le trajet en compagnie d'Edward. Je rêvai que j'étais restée à l'aéroport pour l'accueillir. Je me serais dressée sur la pointe des pieds pour apercevoir au plus vite son visage. Il aurait fendu la foule nous séparant avec grâce et aisance, puis, toujours aussi téméraire, j'aurais couru me jeter dans ses bras de marbre avec un immense sentiment de sécurité. Je me demandais où nous serions allés. Quelque part dans le Nord, pour qu'il puisse sortir au grand jour. Ou dans un endroit très reculé où nous aurions lézardé ensemble au soleil. Je l'imaginai sur la plage, sa peau étincelante comme la mer. Nous serions restés cachés autant de temps que nécessaire - ça n'aurait pas eu d'importance. Être coincée dans un hôtel avec lui aurait été une sorte de paradis sur terre. J'avais encore tellement de questions à lui poser. J'aurais pu lui parler à l'infini, sans jamais dormir, sans jamais le quitter. Son visage m'apparaissait de façon si claire, à présent... j'entendais presque sa voix. Et, malgré l'horreur et le désespoir, je fus heureuse, l'espace d'un instant. Plongée dans la rêverie qui me permettait d'oublier la réalité, j'avais perdu la notion du temps. »